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Horloges mondiales : Parce que la Terre tourne plus vite, la réforme du temps s’impose

La Terre tourne plus vite, et il pourrait bientôt falloir enlever une seconde à nos horloges.

Pour donc éviter un bug dont le coût est estimé à 300 milliards de dollars, le monde prépare une réforme du temps. Des diplomates et des scientifiques du monde entier se réunissent à Versailles du 13 au 15 octobre pour statuer sur le sort d’un réglage des horloges mondiales, qui menace les infrastructures informatiques de graves dysfonctionnements. Mais la Russie ne l’entend pas de cette oreille.

Qu’en est-il réellement ? 

Jusqu’à l’époque moderne, l’heure se lisait dans le ciel, midi correspondant au moment où le Soleil culmine. Ce repère astronomique est devenu insuffisant à mesure que la rotation terrestre révélait ses irrégularités, trop importantes pour le GPS ou les réseaux qui exigent une synchronisation parfaite. Les horloges atomiques, apparues après la Seconde Guerre mondiale, ont apporté une stabilité fondée sur les vibrations des atomes. En 1972, la Conférence générale des poids et mesures a néanmoins voulu préserver un lien avec le rythme de la Terre : une seconde intercalaire est ajoutée à l’UTC dès que l’écart avec le temps astronomique approche 0,9 seconde. Vingt-sept ajustements ont eu lieu depuis, le dernier en 2016, et l’opération passait alors inaperçue.

Un coût estimé à 300 milliards de dollars

La numérisation a changé la donne, car les systèmes informatiques supportent mal ces sauts. Certains s’adaptent, d’autres défaillent, et il est difficile d’anticiper où surviendront les pannes. En 2012, l’ajustement a provoqué un bug majeur sous Linux : Reddit est resté inaccessible près d’une heure, Mozilla a été perturbé et le système informatique de Qantas est tombé en panne, retardant des dizaines de vols. La situation s’inverse aujourd’hui : la Terre accélère, et une seconde intercalaire négative devient envisageable. Le Bureau international des poids et mesures (BIPM) évalue à 30 % la probabilité d’un tel scénario d’ici 2035, alors que retirer une seconde est plus risqué qu’en ajouter une. Meta prévient que « l’impact n’a jamais été testé à grande échelle » et qu’il « pourrait avoir un effet dévastateur sur les logiciels utilisant des minuteries ou des planificateurs ». Le BIPM évoque « un risque élevé d’anomalies et de dysfonctionnements pour les infrastructures critiques ». Le coût anticipé rappelle celui du passage à l’an 2000, chiffré par Gartner à 300 milliards de dollars dans le monde, et à 120 milliards de francs en France, soit 28 milliards d’euros actuels.

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La solution discutée à Versailles consiste à élargir la marge acceptée entre temps atomique et rotation terrestre, en passant de 0,9 seconde à une heure, soit 3 600 secondes. « Cela veut dire qu’on n’aurait plus de questions à se poser pendant des centaines, voire des milliers d’années », explique Frédéric Meynadier, physicien au BIPM, qui propose une entrée en vigueur dès 2027. Cette réforme n’ajouterait ni ne retirerait d’heure à nos montres : elle écarterait le risque d’une seconde négative, avec un décalage imperceptible à l’échelle d’une vie humaine. La plupart des pays soutiennent cette approche, mais la Russie réclame du temps pour s’adapter, ce qui avait conduit à repousser le dossier à 2035.

En cause, le système satellitaire Glonass, développé pendant la guerre froide, qui intègre les secondes intercalaires dans son temps système, contrairement au GPS américain et à Galileo. Trois spécialistes, Judah Levine, Patrizia Tavella et Martin Milton, ont détaillé en 2022 dans Metrologia les conséquences d’un décalage supérieur à 0,9 seconde : le message de navigation et les récepteurs au sol devraient être mis à jour, avec un préavis d’au moins quinze ans. Glonass guide certains systèmes d’armement russes, comme les missiles Kalibr ou Iskander, et l’ampleur exacte du problème pour le Kremlin reste difficile à évaluer.

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